François de Laboulaye (1917-1996)

Diplomate, ambassadeur de France au Brésil, au Japon et aux Etats-Unis, François de Laboulaye mit son prestige au service de l’Association des Amis de Louis Massignon dont il fut le Président de 1983 à 1996. Mobilisant son réseau, son rôle fut décisif dans le succès international des colloques de 1983 marquant le centenaire de la naissance de Louis Massignon. 

Il rencontra l’islamologue à Sofar au Liban en 1945, alors qu’il était attaché d’ambassade au Levant. Par la suite, « au Quai d’Orsay, il fut un ami attentif et vigilant pour aider Louis Massignon, par sa sagesse et sa connaissance de la haute administration, à réaliser des projets qui lui tiennent à cœur », comme en a témoigné Daniel Massignon

Parmi eux, se trouve le sort du waqf Abou-Médiane qui mobilisa l’islamologue de 1950 à 1962. Cette fondation pieuse du XIIIe siècle située à Jérusalem-Est, accolée au Mur des Lamentations, était destinée à loger les pèlerins maghrébins. Or le mystique Abou-Médiane était originaire de Tlemcen, en Algérie, alors département français. En facilitant le séjour des pèlerins musulmans venus prier à Jérusalem, au retour du hadj, et en faisant rouvrir le passage vers le Mur des Lamentations pour les pèlerins juifs, la France pouvait maintenir un pont de tolérance mutuelle entre les fidèles des deux religions. Hélas, les Jordaniens, gardiens des lieux saints après leur annexion de Jérusalem-Est, à la suite de la première guerre israélo-arabe, en 1948, ne le permirent pas. Les Israéliens, une fois la vieille ville conquise en 1967, rasèrent les bâtiments du waqf afin de réaliser une vaste esplanade devant le Mur. 

Les deux hommes se croisèrent au gré des voyages de l’un et des affectations de l’autre. En 1952, François de Laboulaye, conseiller d’ambassade à Ottawa, accompagna Louis Massignon au Madawaska en souvenir de son fils aîné, Yves qui avait mis ses dernières forces dans l’étude de cette région. 

L’abondante correspondance échangée entre les deux amis de 1950 à 1962 devrait permettre d’éclairer la vision du monde et l’action internationale de Louis Massignon. C’est au diplomate que l’islamologue écrivit sa dernière lettre la veille de son décès.

Témoignages:

« Ces quelques remarques discrètes et respectueuses…vous auront peut-être aidé à comprendre…qui était ce professeur éclatant, ce « musulman » avant tout catholique, cet officier de réserve fier de ses galons et de la grande histoire de son pays mais tenant de la non-violence, admirateur et ami de Gandhi, ce visiteur de prisons, ce mystique dont le langage « jaillit du tréfonds de (son) adoration silencieuse et nue ; la nuit ». Il était simple, humble dans son approche de l’autre ; il attendait les « signes » et s’en faisait le serviteur ; il était prodigieusement érudit mais il affirmait que l’étude seule ne donne pas la connaissance. Il excluait que l’on put comprendre sans aimer ». 

François de Laboulaye, « Esquisse d’une courbe de vie », Présence de Louis Massignon, 1987, p.14


« François de Laboulaye admirait en Louis Massignon sa vision prophétique et cosmique qui lui permettait de relier un incident en apparence banal à toute une chaîne d’évènements qui lui donnaient sa pleine signification…Tenu par son devoir de réserve, ce diplomate admirait la liberté de ton et l’engagement de Louis Massignon en faveur des plus faibles, sa « charité totale, absolue » selon ses propres termes. Il avait perçu chez cet intellectuel des qualités exceptionnelles d’homme d’action pour trouver des solutions novatrices et pratiques et mobiliser en leur faveur. (…)  Mon père m’a souvent dit que ce qu’il admirait le plus chez les diplomates, c’est que pour eux, il n’y a pas de situation désespérée, il y a toujours quelque chose à négocier et ils sont toujours prêts à le tenter : François de Laboulaye possédait au plus haut degré cette qualité des diplomates ». 

Daniel Massignon, BAALM n°5, décembre 1996, p.8 et p. 11



Bibliographie : 

BAALM n°5, décembre 1996, Témoignages et hommages sur François de Laboulaye, pp. 3-13

François de Laboulaye, « Esquisse d’une courbe de vie » et « L’hospitalité dans la pensée et l’œuvre de Louis Massignon », Présence de Louis Massignon, Hommages et Témoignages, textes réunis par Daniel Massignon, Centenaire de Louis Massignon, Maisonneuve & Larose, 1987, pp.11-15 et pp. 139-148 

BM