Georges Anawati (1905-1994)

Le dominicain Georges Chehata Anawati appartient à cette lignée d’islamologues catholiques, engagés dans le dialogue islamo-chrétien, avec leur regard d’un chrétien arabe. 

Né dans une famille orthodoxe d’origine syrienne dans la très multiculturelle Alexandrie du début du XXe siècle, Georges Anawati se convertit au catholicisme lors de ses études secondaires et entre chez les dominicains en 1934. L. Massignon a concouru  à l’émergence de sa vocation de connaissance et de dialogue avec l’islam. Ils se rencontrent pour la première fois le 26 juin 1934, début d’une longue amitié et fréquentation. Le 19 juillet 1939, L. Massignon lui recommande de « remonter les sources du thomisme, notamment en étudiant Avicenne et Averroès ». A l’issu d’un autre entretien, le 11 avril 1940, le jeune dominicain note « Étudier à fond la structure de l’islam au point de vue philosophique et théologique. Ne pas minimiser l’islam ».
Toujours sur son conseil, il séjourne à Alger de 1941 à 1944, pour parfaire sa formation de philologie et d’islamologie. Il y rencontre Louis Gardet, début d’une longue collaboration intellectuelle. Avec Jacques Jomier et Serge de Beaurecueil, il fonde l’IDEO, l’Institut Dominicain d’Etudes Orientales du Caire et le dirige  de 1953 à 1984.
Médiéviste, spécialiste de la philosophie musulmane et de l’histoire des sciences arabes, il a publié plus de 250 livres et articles sur ces sujets sans oublier ses écrits sur le dialogue interreligieux. Au Caire, il fréquente des cercles proches de L. Massignon comme Taha Hussein, Ibrahim Madkour, le centre Dar es-Salam (« la Maison de la Paix ») créé en 1940 par Mary Kahil, ou la fraternité islamo-chrétienne Ikhwân al-Safa’ (les Frères sincères), créée en 1941, réunissant des chrétiens et des musulmans professeurs de la prestigieuse université sunnite d’Al-Azhar. Très actif dans les coulisses du concile Vatican II, lorsqu’il s’est agi de reformuler la position de l’Église catholique envers l’islam, Georges Anawati est, par la suite, consulteur du Secrétariat pour les Non-Chrétiens du Vatican, avant de devenir, en 1982, membre du Conseil pontifical pour la culture. Son « mélange étonnant de compétence scientifique et de cordialité humaine » (Jean-Jacques Pérennès op.), en fait un artisan remarquable du dialogue avec les musulmans.  

Témoignage :

« Quelque soit le sujet choisi, Massignon réussissait à tenir en haleine son auditoire, subjugué par la richesse d’information, la pénétration des analyses, l’originalité des intuitions et cet art suprême de tirer des événements les plus anodins en apparence une profonde signification spirituelle ».

« Louis Massignon et le dialogue islamo-chrétien. Souvenirs personnels », Louis Massignon et le dialogue des cultures, p. 273



Bibliographie :
 

Georges Anawati, « Louis Massignon et le dialogue islamo-chrétien. Souvenirs personnels », Louis Massignon et le dialogue des cultures, Paris, Le Cerf, 1996, pp. 265-280

François Pouillon (Ed.), Dictionnaire des orientalistes de langue française, Paris, L’Harmattan, 2008, pp. 18-19

Maurice Borrmans, Prophètes du dialogue islamo-chrétien : Louis MassignonJean-Mohammed Abd-el-Jalil, Louis Gardet, Georges Anawati, Éditions du Cerf, 2009.

Jean-Jacques Pérennès, Georges Anawati (1905 – 1994), un chrétien égyptien devant le mystère de l’islam, Éditions du Cerf, 2008 

Dominique Avon, Les frères prêcheurs en Orient : Les Dominicains du Caire (années 1910-années 1960), Cerf, 2005

BM