Ethnologue et linguiste, Geneviève Massignon est le troisième enfant du couple Louis Massignon et Marcelle Dansaert, la seule fille. Polyglotte, elle maîtrise une trentaine de langues dont le chinois et le japonais appris à l’Institut des Langues Orientales ainsi que le finnois, le hongrois et le polonais approfondis auprès de ses filleuls de guerre, à l’exclusion de l’arabe ; son père avait confisqué la grammaire arabe car il voulait que ses enfants fassent leur propre trace. 

Sa carrière scientifique débute par l’étude de la Bretagne où elle passe ses vacances car son grand-père, Pierre Roche, y a construit une maison près de Pordic (Côtes d’Armor). Dans les années quarante, elle apprend le breton à l’École des Hautes Études et collecte 90 contes auprès des teilleurs de lin du Trégor. A cette occasion elle découvre la chapelle des Sept Dormants, traduit leur Gwerz, épopée chantée en breton, et signale le lieu à son père qui, faisant le rapprochement avec la sourate 18 dite des Gens de la Caverne, greffera sur le Pardon local, une rencontre islamo-chrétienne qui perdure aujourd’hui. 

Sa thèse de doctorat ès-lettres porte sur Les parlers français d’Acadie (Canada) et sa thèse secondaire sur La chanson populaire française en Acadie, sujets choisis en fidélité à son frère Yves Massignon, jeune géographe, qui avait mis ses dernières forces dans l’étude du Madawaska. Ce travail doit aussi à la rencontre d’Émile Lauvrière chez son père et à la lecture de son livre, La tragédie d’un Peuple. Après avoir vécu l’occupation de 1940 à 1944, la déportation et la mort de ses amis, elle a mieux compris les épreuves vécues par les Acadiens lors du « Grand Dérangement » et leur résistance à l’action dissolvante et destructrice de l’occupant anglais. Après plusieurs études de terrains en Acadie (six mois en 1946 ; 1961) et en Louisiane (1947), elle soutient ses deux thèses le 5 mai 1962. 

Sa thèse principale est saluée par le Président de l’Académie Canadienne-française comme « l’étude la plus fouillée, la plus documentée et la plus objective qui ait jamais été consacrée à la survivance du français en Acadie ». En janvier 1963, Geneviève Massignon reçoit la médaille d’or de cette académie. Elle est la première personne non Canadienne à la recevoir.

Son second terrain d’enquête majeur porte sur l’Ouest de la France, où elle travaille depuis 1945, région qu’elle connaît bien car c’est de là que venaient nombre d’Acadiens. En 1954, elle est chargée de l’Atlas linguistique et ethnographique de l’Ouest; elle collecte des centaines de contes, recueille coutumes et traditions locales, comptines, formulettes enfantines, légendes, dictons.

Dans les mêmes années cinquante, Geneviève Massignon participe à la constitution de l’Atlas linguistique Méditerranéen, dans sa partie consacrée à la Corse. De 1955 à 1959, lors d’enquêtes linguistiques (lexique maritime) et ethnographiques (pêche et travaux maritimes), elle recueille chansons et contes populaires et publie, en 1963, un recueil de « Contes corses ». 

Elle parcourt aussi l’Ile-de-France et les régions limitrophes à la recherche de Kabyles et recueille auprès d’eux des contes et des chansons, sujet de recherche qui n’est pas sans lien avec son père qui alphabétisa et conseilla des travailleurs maghrébins de la banlieue parisienne, à Gennevilliers, dès 1929.

Parallèlement à ses propres travaux, elle a travaillé à l’édition de l’œuvre majeure de son père, La Passion de de Hallaj, avec son frère, Daniel Massignon, et le Professeur au Collège de France, Henri Laoust.

Soucieuse de collecter un maximum de matériel linguistique alors que les derniers locuteurs disparaissent et que leur culture s’efface en raison de l’exode rural et de la progression de la radio et de la TV, Geneviève n’a pas pu exploiter tout le fruit de ses enquêtes en raison de son décès prématuré en 1966. Le fonds Geneviève Massignon légué à la BNF recèle des trésors pour une nouvelle génération de chercheurs.

Témoignages :

« L’étroite association entre enquête linguistique et collecte ethnographique, dans une atmosphère de dialogue conviviale, réalisée par Geneviève Massignon, est la raison de l’efficacité de ses enquêtes et de ses collectes sur le terrain ». 
« Par discrétion vis-à-vis de ses hôtes, elle ne se sert que d’une bicyclette pour transporter son matériel…de crainte de marquer une distance avec ses informateurs, qu’elle appelait souvent ses « témoins ». 

Daniel Massignon, Trésors de la chanson populaire française, Introduction, p. X et p. XI


Bibliographie :

Fonds Geneviève Massignon à la BNF : https://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc90688p

Paul Delarue, co-aut., Contes de l’Ouest (Grande Brière, Vendée, Angoumois). Commentaires folkloriques. – Paris : Éditions Erasme,1954

Contes traditionnels des teilleurs de lin du Trégor, Paris : A. et J. Picard et Cie, 1965.

Contes corses, Gap, Editions Ophrys, 1963 ; Paris, Picard, 1984.

Brigitte Horiot, co-aut. Atlas linguistique et ethnographique de l’Ouest : Poitou, Aunis, Saintonge, Angoumois. Vol. 1. – Paris : CNRS, 1971. (Atlas linguistiques de la France par régions) ; Vol. 2. – Paris : CNRS, 1974 ; Vol. 3. – Paris : CNRS, 1983.

Les Parlers français d’Acadie, enquête linguistique, 2 vol. – Paris, C. Klincksieck 1962.

De bouche à oreilles : le conte populaire français / avant-propos de Marie-Louise Tenèze. – Paris, Berger-Levrault, 1983.

Trésors de la chanson populaire française : autour de 50 chansons recueillies en Acadie, corr. et éd. par Georges Delarue., Introduction de Daniel Massignon, Paris, Bibliothèque nationale de France, 1994, 2 vol. (LVI-373, 161 p.) : ill., mus. ; 24 cm : Vol. 1, Textes ; vol. 2, Mélodies.

BM