Issu d’une famille de paysans, petits propriétaires du Vexin, Ferdinand Massignon se marie en 1880 avec Marie Hovyn (1858-1931), elle-même descendante d’une famille de tisserands et d’industriels du Nord. Louis est leur fils aîné, suivi d’une sœur cadette, Henriette (1888-1936). D’abord pharmacien comme son père, il se consacre peu à peu uniquement à son art. Le choix, au début des années 1880, d’un patronyme « deux fois lapidaire » – Pierre Roche – est programmatique et montre bien son humour. « Roche » est le patronyme de sa mère et « Pierre » l’un de ses trois prénoms. 

Il étudie la peinture chez Alfred Roll, à l’Académie Julian, puis la sculpture auprès de Jules Dalou qui le remarque en 1888 lors d’un concours pour un monument à Danton. Il garde de ses études de chimie et de médecine le goût pour l’expérimentation des procédés et des matériaux les plus divers qu’il combine dans des œuvres profondément originales, parfois en association avec des artisans. C’est le cas de sa statue la plus connue, la seule acquise par l’Etat en 1896, l’Effort qui associe plomb armé et grès cérame, réalisé par le céramiste Alexandre Bigot. Le thème mythologique est un prétexte à la représentation expressive du mouvement avec un souci de vérité anatomique acquise par sa formation médicale initiale. 

Surtout connu comme sculpteur, il est aussi peintre, graveur, médailleur, illustrateur et décorateur. Il s’essaye à l’art de l’affiche, du papier peint et de la reliure. Toutes ses recherches artistiques donnent lieu à des articles dans des revues d’art. 

Refusant de se cantonner à un seul domaine, il œuvre au décloisonnement entre arts mineurs et arts majeurs, entre art et artisanat afin de créer un art du quotidien accessible à tous, d’où le choix de matériaux pauvres comme le plomb ou l’étain plutôt que le bronze. Artiste engagé, partisan de l’art social, il est membre-fondateur de la société nationale d’art populaire et d’hygiène, en 1903. 

Artiste polyvalent, il participe pleinement du courant Art Nouveau avec

  • Son attrait pour le japonisme: il est membre de la société des Amis de l’art japonais.
  • Son investissement dans le renouveau des arts décoratifs : membre actif de la société des artistes décorateurs, dès sa création en 1901. 
  • Son goût pour l’évocation de la nature: membre de l’Académie de l’art de la fleur et de la plante, créeé en 1903-1904 sous la figure d’Emile Gallé. 
  • Son intérêt pour l’art sacré en pleine renaissance avec Maurice Denis: il réalise des sculptures pour le porche et le maître-autel de l’église Saint-Jean de Montmartre, plusieurs œuvres d’art funéraire comme le tombeau-lys de Nancy. 
  • Ou ses œuvres inspirées par la danseuse de la Belle Epoque, Loïe Fuller, amie personnelle auquelle il consacre des sculptures, un livre illustré par ses soins, écrit par le critique d’art, Roger Marx (1904), et un pavillon à l’exposition universelle de 1900, réalisé en collaboration avec l’architecte Henri Sauvage. 

Il déploie aussi une veine symboliste qui le rapproche de son ami écrivain J.-K. Huysmans dont il réalise un parchemin églomisé – technique ancienne revisitée par l’artiste-  pour le frontispice du roman La Cathédrale (1897). Dans un courrier de 6 avril 1897, celui-ci lui écrit : « Et je pense que peut-être avec vos si curieux procédés, vous pourriez trouver un frontispice encore invu et tout à fait original ». 

C’est un artiste inventeur auquel on doit un procédé de gravure sur plâtre qui permet d’obtenir une estampe en relief aux effets japonisants, la gypsographie (1895).
En accord avec son siècle industrieux, il fait breveter un procédé réfrigérant pour une sculpture en neige exécutée en 1896 en l’honneur de la venue du tsar Nicolas II, réalise un masque de protection pour automobiliste et se passionne pour la radiographie au rayon X qui donne lieu à un ouvrage d’anatomie. On lui doit même une conférence sur « art et sport » devant le comité olympique, en 1906.  Témoin de la première guerre mondiale, il crée, dans un esprit patriotique et allégorique, une histoire métallique de la guerre en 80 médailles, acquises par le musée de San Francisco Californian Palace of The Legion d’honneur. 

Pierre Roche puise aussi dans la veine médiévale et régionaliste ; il choisit la Bretagne comme terre d’élection où il fait construire une maison dont il conçoit les plans et la décoration de l’escalier, orné de bandes d’étain estampées à la main, aux mitrons de cheminée en grès émaillé, sans oublier une fontaine pour le jardin et bien d’autres sculptures et objets décoratifs, soit une œuvre d’art totale. C’est près de cette demeure de la Ville Lévêque à Pordic, dans les Côtes d’Armor, qu’il est enterré dans une chapelle funéraire décorée par ses soins. Son œuvre novatrice lui vaut d’être fait Chevalier de la Légion d’honneur en 1910. 

Bibliographie :

Claire Pélissier, « Le sculpteur Pierre Roche (1855-1922). Un artiste inventeur oublié », mémoire de DEA en histoire de l’art soutenu en 2005 à Paris IV (non publié).
« L’estampe de sculpteur. Pierre Roche (1855-1922) et l’invention de la gypsographie », Nouvelles de l’Estampe, n° 214, octobre-novembre 2007, p. 16-28.
« Les sculptures de Pierre Roche (1855-1922) conservées à Blois : un fonds méconnu », Cahiers du château et des musées de Blois, n° 37, décembre 2006 – juin 2007, p. 22-31.

« Chef-d’œuvre de l’architecture funéraire. Le tombeau-lys de Pierre Roche à Nancy », Arts nouveaux, n° 22, septembre 2006, p. 6-11.

Cécilie Champy-Vinas, « La grande guerre vue par un sculpteur. Une histoire métallique de la guerre 1914-1918 par Pierre Roche », La sculpture n°2. Dossier sur la sculpture et la guerre, 2015. 

Bulletin de l’Association des Amis de Louis Massignon,n° 20, J.-K. Huysmans, P. Roche et L. Massignon, décembre 2007.

BM