Abbé Daniel Fontaine  (1862-1920)

L’abbé Fontaine est le curé de la paroisse N.D. Auxiliatrice de Clichy, dite « paroisse des chiffonniers  et des prostituées».  En 1912,  Louis Massignon, alors jeune converti, part à sa rencontre sur les conseils de Mère Sainte Sophie, fondatrice de nombreuses œuvres de Persévérance dans les quartiers pauvres du Nord de Paris. Le jeune islamologue le visite avec vénération sachant qu’il fut le dernier confesseur de Huysmans.

L’abbé prodigue conseils psychologiques et spirituels au jeune Louis, et l’entraine dans ses tournées parmi les pauvres.
Grâce à son entrée en relation avec Louis Massignon, l’abbé Fontaine va se trouver au centre d’une galaxie d’intellectuels chrétiens Paul Claudel, le jeune Francois Mauriac, Jacques Maritain, Jacques Rivière, Henri Massis etc… qui vont contribuer à son journal : le Journal de Clichy en riposte aux attaques anticléricales du journal local, Le réveil municipal de Clichy. 

En 1913, Louis Massignon tient absolument à présenter le Père de Foucauld à l’abbé Fontaine afin de le consulter sur la diffusion du Directoire que Foucauld venait d’élargir en une Union de prières s’’adressant à tous , sans distinction entre laïcs et religieux. L’abbé y adhére aussitôt.
Lors de cette entrevue, Louis Massignon veut aussi évoquer avec eux l’éventualité de son  départ au désert. Pour l’abbé Fontaine, comme pour Claudel, c’est le sacerdoce qui lui conviendrait le mieux.
Mais Louis Massignon ne s’y résout pas, décide de se marier. L’abbé Fontaine bénira son union à Bruxelles le 27 janvier 1914.
Sitôt connu l’assassinat de Foucauld en décembre 1916, Louis Massignon et l’abbé Fontaine se considèrent ses  héritiers et  s’engagent à développer L’Union  des frères et sœurs du S.C. de Jésus  fondée par Foucauld, en 1909. L’abbé insiste pour que soit sauvegarder l’orientation spirituelle de Nazareth donnée par le Père de Foucauld . Il  pousse Louis Massignon à user de son crédit pour rédiger un tract court destiné à tous les monastères contemplatifs. 

L’islamologue ne manquera jamais une occasion d’exprimer sa dette envers l’abbé qui mourut au lendemain de la guerre. En son souvenir, il donnera le prénom de Daniel à son troisième enfant, né en 1919. Il se rendra plusieurs fois sur la tombe du « saint » prêtre , en compagnie d’éminentes personnalités.  
Deux ans avant sa mort, récapitulant  ses efforts  pour  garder vivante la mémoire du Père de Foucauld,  Louis Massignon  fait  l’éloge de l’humble curé dans la revue Corunum  « La présence consolatrice  de M. Fontaine dans plusieurs vies».   

F.J.


 

Bibliographie

Louis Massignon, Sur la Mère sainte Sophie, texte publié dans la petite revue ronéotée L’Écho de la Persévérance (11° année,  février 1912, n° 12, repris dans les Ecrits mémorables, Tome 1, pp.377-378.

Louis Massignon, « La présence consolatrice  de M. Fontaine dans plusieurs vies », Cor Unum, novembre 1960 , p. 760-762 . Jacques Keryell, Louis Massignon au cœur de notre temps, donne ce texte en annexe pp. 83-85.

Paul Claudel, « A la mémoire de l’abbé Daniel Fontaine » poème, Le Mercure de France du 15 avril 1921 repris dans Feuilles de Saints

Charles de Foucauld et Louis Massignon, Directoire, 1918, 1 ère édition

C. Destremau et J. Moncelon, Louis Massignon ; le « cheikh admirable », Plon, 1994 Chapitre « Le mariage »,  pp.128-131.

Jacques Keryell, Louis Massignon au cœur de notre temps, Karthala, 1999, pp 65-82, pp. 83-85,  pp. 173-192, pp 760-762.

F. Morlot, Daniel Fontaine, curé de Paris, Salvator, 1982. Texte repris dans  Jacques Keryell, Louis Massignon au cœur de notre temps, pp 65-82.

https://www.catholiqueclichy.fr/historique-de-la-paroisse/le-pere-fontaine/



Archives

27 Lettres de l’abbé Daniel-Marie Fontaine envoyées à Louis Massignon, BNF, Département des manuscrits, Fonds Louis Massignon NAF 28658